Les Faux-cons de Freyr

Chaque année, nous le savons, les faucons de nos falaises redeviennent rois quelques mois. Ils s’installent, nichent, s’accouplent, pondent et se reposent. Les rapaces relancent le cycle de leur race. Les amoureux des faucons les voient s’apprêter et avertissent les grimpeurs qui, tout puissants qu’ils puissent être, les respectent.

Les faucons sont une part de Freyr et nous en sommes fiers. Ils sont symboles de liberté, sifflent la sauvagerie vivace. Cela peut surprendre, mais c’est pour cela que les grimpeurs de Freyr laissent les faucons tranquilles le temps qu’il faut….

Al lègne - Freyr

Al lègne - Freyr

Ah, les grimpeurs de Freyr ! Ils sont – nous sommes – de plus en plus nombreux. Rien d’anormal alors que leur horde soit de plus en plus représentative de notre société, de son ordre et de son désordre, de ses tendances. Aussi, assiste-t-on à deux grandes aspirations.

D’une part, l’amour de la performance, l’envie du plus haut niveau, coûte que coûte, sans s’inquiéter du roc ni de ses secrets à partager. On laisse du matos en place, on crie, on prend la grimpe très ou trop au sérieux. Comment en vouloir à cette escalade-là ? Elle ne reflète que la réalité de nos rythmes de vie.

D’autre part, l’itinéraire de la liberté, les plaisirs de l’intouché, du vierge et de la nudité, de la voie dévêtue, sans ferraille fixée ni topo précis. Ces grimpeurs-ci recherchent une expérience autre, que la multiplication de spits ne peut leur offrir.

Bernard Amy, garant de Mountain Wilderness présent à Freyr il y a un an, comparait cette deuxième tendance à celle des stations de ski : là où les pistes sont trop nombreuses, les skieurs partent en « hors piste ». En falaise : là où les spits sont trop nombreux, les grimpeurs cherchent le « hors spits ». Mountain Wilderness, depuis toujours, défend ces gars et ces filles avides d’escalade vive, d’expérience créative et de sensations servies par du rocher sauvage.

A Freyr, ils sont loin d’être bêtes… Ils sont nos « faux cons », rapaces à leur sauce. Ils suivront leurs joies, déjoueront les pièges de notre société trop assise.

Il faut respecter les uns comme les autres. Il faut laisser chacun découvrir son escalade et son Freyr. Mais à l’évidence, aujourd’hui, il y a plus de place à la performance qu’à l’escalade-liberté, plus de spits que de voies non-équipées. Voilà pourquoi, il faut soutenir les « Faux cons de Freyr », leur laisser un peu de place pour s’envoler et tournoyer.

Bien sûr, il y a la peur d’assumer des accidents. Bien sûr, il faut avertir, éduquer et éveiller. Mais pour cela, je sais que de bonnes idées circulent.

Freyr doit être fier de ses nouveaux faucons.